Saturday, 14 May 2016

être entier

Mais qu'est-ce que c'est moche la vie, si j'avais su, je ne serais pas venue.
Il est bien souvent immensément douloureux d'être trop entier...


Saturday, 5 March 2016

La voix des imbéciles

La voix des imbéciles

Umberto Eco est mort d’un cancer cette année, et il disait récemment dans un quotidien cette phrase que je trouve extrêmement juste :
"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité"

Sous l’égide de cette phrase, j’éprouve aujourd’hui le besoin urgent d’exprimer mon désarroi et ma révolte face à cette situation.

Les imbéciles sont partout, on le sait bien, ce n’est pas nouveau. Mais effectivement, avant, on les entendait moins, on pouvait choisir nos fréquentations et les éviter.
Maintenant avec les réseaux sociaux, ils sont partout, on n’entend plus qu’eux. Cette grande voix de la masse qui soutient les plus grosses bêtises avec beaucoup d’aplomb. Leurs voix sont omniprésentes, l’abime de leur méconnaissance et de leur arrogance chaque jour plus profond. Les conséquences de leurs affirmations, des informations fausses et manipulatrices qui circulent sur les réseaux sociaux, reprises à grand échelle par des gens mal informés, les photos truquées, aux légendes altérées, les amalgames de toutes sortes, la désinformation, tout cela n’est pas sans conséquence sur notre vie sociale, économique et politique.
Je ne m’étendrais pas ici sur les conséquences de l’influence des imbéciles sur la vie politique, nous en voyons les marques à chaque élection avec la montée grandissante des extrêmes.
Ce qui m’irrite tout particulièrement, concerne mon domaine d’expertise : la santé. Et je me concentrerais sur ce sujet là, puisque je ne me permettrais de parler que de ce que je maitrise.

Voix d’imbécile numéro 1, entendue sur facebook :

« Les mammographies, ca ne sert à rien d’autre que de creuser le trou de la sécurité sociale. Il ne faut pas les faire. »

Alors, je récuse ce type d’affirmation, car elle génère une culpabilité chez les femmes influençables qui liront cette assertion. La culpabilité s’appuyant sur la peur toute naturelle qu’il y a à faire ces examens, empêchera surement de nombreuses femmes de faire cet examen qui pourtant pourrait sauver leur vie. Combien de ces femmes qui croiront cette affirmation débile, ignoreront leur convocation à faire une mammographie, seront diagnostiquées d’un cancer du sein à des stades trop tardifs pour qu’elles puissent véritablement bénéficier des progrès de la recherche. A l’heure actuelle, il n’y a pas de modèle économique suffisamment précis et robuste pour dire vraiment que le coût des mammographies est plus élevé que le coût de prise en charge des cancers évités. Ces modèles sont basés sur des hypothèses difficiles à établir, car il faudrait inclure de nombreux paramètres dans le modèle d’évaluation d’impact économique, des paramètres tels que le coût du médicament, mais aussi le coût du développement du médicament, le coût de prise en charge évitée, dont les couts de séjours hospitaliers évités, mais aussi un cout sociétal évité (couts des arrêts de travail, impact sur la performance au travail, impact des mi-temps thérapeutiques…).
Tellement de paramètres donc, qu’il est difficile d’évaluer l’équilibre entre le cout des mammographies et les couts évités.
Impossible donc d’affirmer comme la voix d’imbécile numéro 1 que les mammographies sont responsables du trou de la sécu, et sont inutiles. Non, il y a d'autres causes au trou de la sécu, il n'y a qu'à lire le rapport annuel. Non elles ne sont pas inutiles, elles sont peut-être votre meilleure chance de détecter un cancer du sein précocement et de pouvoir être traitée rapidement par une chirurgie curative suivie ou pas d’une radiothérapie ou une chimiothérapie adjuvante qui vous nettoieront de ce cancer et vous permettons de vivre encore de nombreuses années. Il a aussi été démontré, qu’un exercice physique adapté pratiqué de manière régulière empêche 55% des rechutes de cancer du sein.

Voix d’imbécile numéro 2 entendu ce matin sur facebook :

« Refuser une chimio? je la comprends tout à fait. je suis en désaccord total avec l'usage que l'on fait de tous les medicaments et soins BIDON et COUTEUX aux USA. ..Et aussi en France, même si cela n'atteint pas ces proportions. Je crois que la nutrition est la médecine de l'avenir. Un seul example, quand je vois le sucre que l' américain moyen avale, et le nombre de diabétiques de type 2 qu 'ils ont, je me dis qu’íl vaudrait mieux cesser de manger du sucre que d áller voir le médecin pour qu 'il soigne votre diabète et vous donne des comprimés couteux..... Révolutionner la nutrition est la meiileure façon de changer le système qui nous tue, à commencer par la grande distribution. et las companies pharmacuetiques.... »

La voix d’imbécile numéro 2 est remarquable. D’une part, elle encourage à arrêter la chimiothérapie (« médicaments bidons »), pour la remplacer par « une meilleure nutrition ». D’autre part, elle fait un amalgame culpabilisant  comme quoi c’est une consommation volontairement excessive de sucre qui cause les diabètes. Elle stigmatise les américains qui, selon elle, consomme du sucre à outrance et vont voir leur médecin se faire prescrire des molécules onéreuses pour soigner leurs diabètes, dont ils sont selon elle donc « entièrement responsable ». Bien entendu, elle finit par taper sur ce qu’il est à la mode de critiquer : la grande distribution et les labos pharmaceutiques. Tout son propos correspond à une mauvaise compréhension et maturation de multiples informations. Ce commentaire illustre bien le prêt-à-porter de la pensée, porté haut par les imbéciles qui me fait si peur à l’heure actuelle.
Pour reprendre sa première assertion, encourager les gens à arrêter leur chimiothérapie pour une meilleure nutrition, qui serait selon elle, le remède absolu, est totalement irresponsable. Comme tous le monde, j’ai lu les publications du Pr Joyeux et du Dr Seignalet. Ce sont des publications intéressantes, qui proposent de nouvelles pistes, mais qui rentent encore pas assez fondées scientifiquement. Il y a clairement quelque chose à creuser, mais il faudrait appuyer ces pistes avec des études cliniques solides avec des tailles d’échantillons robustes, et non pas 20 patients par ici et 30 patients par là, non stratifiés, non caractérisés, échantillons peu robustes statistiquement. Entendons-nous bien, je crois fermement que la nutrition est un facteur clef de notre bien-être et qu'elle peut même conditionner l'apparition de certaines pathologies. Il y a des études extrêmement intéressantes de Laurence Zitvogel et d’autres chercheurs qui parlent du microbiote intestinal et de son rôle dans le développement du système immunitaire. Mais le développement du microbiote intestinal se fait dans les toutes premières années de vie de l’enfant. On estime qu’il est mature à l’âge de 4 ans. Des recherches semblent indiquer un rôle pour ce microbiote dans la susceptibilité à être infecté par les virus (HIV, HCV…), à développer certains cancers ou certaines pathologies auto-immunes. Alors, oui, la nutrition, c’est important, mais ca ne veut pas dire qu’il faut remplacer une chimiothérapie par une alimentation sans gluten. Parmi les chimiothérapies, il y a des traitements ciblés, de nouveaux traitements également qui stimulent le système immunitaire du patient pour mieux l’aider à lutter contre son cancer qui sont à l’heure actuelle porteurs de beaucoup d’espoirs. Alors, non, on n’encourage pas les gens à arrêter un traitement qui pourrait leur sauver la vie.
On parle beaucoup en ce moment sur les réseaux sociaux de la vieille dame de 90 ans qui a choisi de refuser tout traitement suite à son diagnostic de cancer de l’utérus, c’est à dire, une opération chirurgicale lourde visant à lui enlever l’utérus, suivie d’une chimiothérapie lourde. A 90 ans, elle a choisi de passer le reste de son temps avec ses enfants sur les routes des US. C’est un choix personnel, qui peut se comprendre et ne peut être juger, mais en aucun cas, il ne faut l’ériger en exemple à suivre.

Le point de la voix d’imbécile numéro 2 concernant le diabète est une fois de plus une assertion incomplète. La consommation excessive de sucre est certes un des facteurs de développement de diabètes de type II, parmi d'autres, avec des facteurs génétiques, l’obésité, le manque d’activité physique et d’autres facteurs. Par ailleurs, il existe des diabètes de type I, qui sont eux malheureusement des maladies auto-immunes, qui n’ont rien à voir avec les facteurs pré-cités, mais sont liés au fait que le système immunitaire de l’individu a reconnu les cellules du pancréas (qui sécrètent l’insuline) comme étant des cellules étrangères au corps et les a détruit. Rien à voir donc, avec une consommation inadéquate de sucre. Encore une fois, nous avons ici un exemple d’extrapolations et de généralisations qui reflètent une imbécillité crasse. Avant de parler et d’affirmer quelque chose, on se renseigne, on se forge une opinion, et surtout, on essait de penser à la conséquence de ses paroles.
Taper sur l’industrie pharmaceutique, est aussi très à la mode. C’est la facilité, mais penserez-vous encore cela, le jour ou vous aurez un cancer, et que vous pourrez bénéficier d’un traitement efficace, qui vous permettra de survivre à votre cancer, un médicament développé pendant 10 ans dans un laboratoire pharmaceutique qui aura investit des millions d’euros pour le créer et le tester… nous en reparlerons à ce moment là.

Avant de croire tout cru, ce que les gens écrivent sur les réseaux, je regrette que notre enseignement ne forme pas plus les jeunes à penser par eux même et à se forger de véritables opinions, concrètement basées sur des données précises et robustes, et non pas des affirmations imbéciles injustifiées publiées à tire larigot sur les réseaux sociaux.

Je pense que la solution passera par un meilleur accompagnement des personnes de tout âges à developper leur curiosité, pour apprendre à penser par soi-même, pour apprendre à se forger ses propres opinions, et sa propre compréhension du monde...

Pour en savoir plus :





Thursday, 12 March 2015

FIV






Un jardinier grincheux 
a planté dans mon ventre 
deux étoiles, 
mes nemjas
vite éteintes

Un rayon doré 
laiteux 
a caressé 
ma peau, 
Il s'est promené
sur mes cheveux, 
l'espace de quelques journées...































Thursday, 12 February 2015

Les passants

Je recherche du regard ces silhouettes, plus petites, 

Un rien courbées, qui passent lentement au milieu du flot des gens pressés par le temps


Lenteur assumée ou résignée dans le flot bruissant des vivants impatients. 


Petites silhouettes douces, cheveux blancs, 


Une pause dans l'ivresse de la vie, ce désir omniprésent d'en profiter encore un peu, à tout petits pas...



Wednesday, 30 July 2014

Dualité

Toute ma vie, j'ai eu le coeur trop grand, avec deux amoureux ou plus encore dedans.
Mon mari est le premier homme que j'aime, qui habite dans mon coeur tout seul.... Il occupe toute la place...

Sunday, 29 June 2014

Le cheval soleil de Steinunn Sigurdardóttir

J'ai mis un petit moment à choisir de parler de ce livre. Pour plusieurs raisons.
parce que ce livre m'a bouleversée.
parce que je m'y suis reprise à deux fois pour le lire.
parce que à un moment donné j'ai eu du mal à me relier avec l'héroïne qui est vraiment étrange et poétique, mais tellement étrange et poétique que des fois c'est un peu trop, l'esprit décroche et s'enfuit.
parce que quand j'en ai tourné la dernière page, je me suis dit qu'il fallait attendre un peu pour en parler bien, pour en parler vraiment...

Le temps a passé et quand je pense à ce livre, j'ai comme une feuille morte qui en tombant doucement, tournoyante, vient me caresser le coeur...C'est ça qui me reste de ce livre, le passage délicat de la feuille ou de la plume d'oiseau, quelque chose qui ne pèse pas, une caresse à l'âme, juste ça...
Le cheval soleil, c'est avant tout, une histoire d'amour, deux personnes qui se croisent pour essayer de se retrouver plus tard.
Un amour pur, de toute beauté, auquel elle dit non car elle n'a pas appris à s'aimer et à aimer la vie, car aucun amour, aucune véritable attention ne lui a été donné pendant l'enfance...Presque rien finalement, et pourtant tout est là. Tout est dit.
Ce n'est pas encore demain que j'oublierais ce livre, il vous laisse des traces, un peu comme le passage irisé de l'escargot... c'est imperceptible, mais c'est là...




Friday, 20 June 2014

J'avais des rêves...

Oh oui, j'avais des rêves, des petits rêves tout simples, tout doux. Je les caressais du bout du coeur, les soirs de chagrin bleu de prusse...
Des petits rêves simples, car j'avais bien retenu que "la sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit", mais aussi suffisamment concrets pour être réalisables un jour et me faire avancer sur le chemin de la vie à petits pas sautillants d'un rêve à un autre....

Oui, j'avais des rêves, tendres et moelleux. Ils me tenaient chaud quand la bise soufflait dans mon cou...
Je rêvais d'une petite maison, d'un petit jardin, d'un arbre au milieu, deux enfants qui jouent dans la cour...au fond du jardin, un atelier...
Rien de très clinquant, ni très original, du tout simple, tout rond, une plénitude.
Je n'avais même pas intégré un amoureux dans ce dessin là. 
Je rêvais aussi d'un jour publier un livre ou deux, de raconter quelques histoires, de les dessiner, de leur donner vie, de transmettre une jolie façon de voir le monde...

Alors, Oui j'avais des rêves...

Et aujourd'hui, je n'ai plus rien, mon futur s'est transformé en sable blond, que je n'arrive pas à retenir et qui me glisse entre les doigts...
Je suis triste à cause de ces rêves justement, parce que je ne les réaliserais surement jamais, et que j'aurais pourtant bien aimé, bien aimé ne pas seulement les caresser du bout du coeur. J'aurais bien aimé qu'un jour mes doigts effleurent avec une infinie délicatesse le front duveteux d'un tout petit, ou la page de couverture d'un livre. J'aurais bien aimé.

Et c'est étrange, ce sont ces rêves là qui me donnent des regrets, regrets de n'avoir pas pu tout faire. Ce sont eux qui m'empêchent d'être sereine, alors que je sens bien qu'une partie de moi l'est déjà.

J'ai eu une idée étrange, peut-être finalement que d'avoir perdu cet enfant  une nuit de février, ça a entrouvert en moi une fissure par laquelle mon énergie s'enfuit doucement, et la vie aussi s'en va lentement. On dit que les fissures sont le moyen pour l'âme de trouver de la lumière, je n'avais jamais mesuré à quel point c'était vrai.