Sunday, 3 December 2017

Thème 3 Calendrier de l'avent Palina Charabia: Et si on commençait par la fin....

Il se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Mais bien avant cela, leur première rencontre ne laisse en rien présager une si heureuse issue. C’etait même plutot tout le contraire qui se produit.
Rose rencontre Lucas sur la cour du lycée. Ils se retrouvent l’un et l’autre de chaque coté d’un caillou lancé à pleine vitesse. Coté lancement, Rose, des taches de rousseur qui pétillent le long d’un nez pointu, des boucles rousses auréolant son visage. Coté caillou pointu, Lucas, un grand brun ténébreux, avec des yeux verts piquetés de poissons rouges.
Entre eux et pour de nombreux mois, c’est la détestation spontannée. Depuis le premier jour de la rentrée des classes, Rose n’aime pas l’attitude hautaine de Lucas. Il prend tout le monde de haut et se la joue petit caid des banlieux et ca, ca irrite prodigieusement Rose. Rapidement une petite cour servile s’est rassemblée autour de lui. Deux filles et un garcon le suivent partout, applaudissent la moindre de ses bassesses, rigolent en cœur à chacun de ses ricanements. Rose n’aime pas du tout ca. Elle prends toujours la défense des plus faibles, et ne supporte pas les petits tyrans qui s’en prennent à eux.
Le matin du caillou, Lucas sort le grand jeu. Il commence par tacher le blouson de Marie pendant le cours de math. Il pousse Lili au moment ou elle s’élance pour la course de haies, coule Joseph pendant l’heure de natation. Au moment de la récréation, il s’en prend au petit Kevin. C’est à ce moment-là que Rose intervient. Comme il ne repond pas à ses ultimatums et continue à donner des coups de pieds à Kevin à terre, Rose ramasse la première chose qui lui tombe sous la main : un bon gros caillon bien pointu qu’elle lance de toutes ses forces après avoir hurlé le nom de Lucas. Et Lucas se retourne. Et il prend le caillou en pleine figure. Du sang gicle de la coupure, Lucas reste completement sonné, bouche bée.
Après ca, Rose a été exclu une semaine du lycée. Lucas aussi. Une semaine de travaux d’intérêt général dans un centre pour enfants handicapés.
Une semaine comme cela vous change une personne. Rose et Lucas apprennent la chance que l’on a à naitre en bonne santé et avec toutes ses capacités. Lucas lui change lentement de regard sur l’autre, sur les différences. Il réalise que ce sont ces différences qui font de chaque personne un être unique. Même quand ces différences sont aussi des handicaps. Cette semaine change sa vision du monde. Il apprend aussi a pardonner à ses parents son enfance de nomade, qui lui a enlevé la capacité à s’attacher, à se faire des amis. D’un seul coup, c’est tout un fardeau de chagrin qui se soulève de ses épaules.
Rose, elle pendant cette semaine-là apprend à regarder Lucas différement.

La suite on la connaît déjà.

Blog de Palina Charabia


Friday, 1 December 2017

Theme 1 calendrier de l'avent Palina Charabia

Je m'appelle Sandra.

Depuis plus de 15 ans, à Angel, je coupe, je rase, je cisèle, je boucle, j'ondule, je lisse. Bref, je coiffe des femmes. Des brunes, des rousses, des blondes, des jeunes, des vielles, des douces, des tendres, mais aussi des rugueuses et des orgueilleuses.
J'aime les femmes, j'aime les rendre belles, les transformer, les rendre heureuses, redonner le sourire à leurs lèvres des fois si tristes.

J'aime passer mes doigts dans les boucles brillantes, y glisser un peu de gel, un nuage de laque, un soupçon de brillantine. J'aime sculpter, révéler la beauté cachée  d'une nuque gracile, le mouvement souple d'une mâchoire, un regard de velours.

Aujourd'hui, est certainement le plus beau jour de ma vie.

Après des mois de traitements lourds, cachets et injections, supportés jour après jour, c'est enfin arrivé!
Les changements se sont opérés, lentement, mais surement. J'ai ressenti en moi un bouillonnement intense, une énergie nouvelle. Toutes ces hormones me transformaient. Elles apportaient avec elles comme une vague, un déferlement intérieur, un immense tsumani. A certains moments, je me suis sentie submergée. J'ai craqué, j'ai douté, j'ai pleuré, j'ai crié, parfois même hurlé. Mais je me suis accrochée, j'avais la rage.
Et finalement, c'est arrivé!
Enfin!
Quel soulagement!
Ce matin, en me levant, c'était là.

Ce petit renflement. Cette ombre naissante si délicate, à la fois douce et un rien rugueuse, si agréable à caresser du bout de mon pouce.

Je suis si fier d'elle!

Ma moustache!

Maintenant, enfin, je peux être moi-même. Enfin, je peux m'appeler Sandro.

Blog de Palina


Friday, 9 June 2017

Se souvenir de cette belle journee...

J'aime sentir ta main dans la mienne, ce petit coeur d'oiseau qui palpite au creux de ma paumme....

 

Sous le feuillage

Le vent de juin caresse doucement le feuillage bruissant....






Saturday, 14 May 2016

être entier

Mais qu'est-ce que c'est moche la vie, si j'avais su, je ne serais pas venue.
Il est bien souvent immensément douloureux d'être trop entier...


Saturday, 5 March 2016

La voix des imbéciles

La voix des imbéciles

Umberto Eco est mort d’un cancer cette année, et il disait récemment dans un quotidien cette phrase que je trouve extrêmement juste :
"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité"

Sous l’égide de cette phrase, j’éprouve aujourd’hui le besoin urgent d’exprimer mon désarroi et ma révolte face à cette situation.

Les imbéciles sont partout, on le sait bien, ce n’est pas nouveau. Mais effectivement, avant, on les entendait moins, on pouvait choisir nos fréquentations et les éviter.
Maintenant avec les réseaux sociaux, ils sont partout, on n’entend plus qu’eux. Cette grande voix de la masse qui soutient les plus grosses bêtises avec beaucoup d’aplomb. Leurs voix sont omniprésentes, l’abime de leur méconnaissance et de leur arrogance chaque jour plus profond. Les conséquences de leurs affirmations, des informations fausses et manipulatrices qui circulent sur les réseaux sociaux, reprises à grand échelle par des gens mal informés, les photos truquées, aux légendes altérées, les amalgames de toutes sortes, la désinformation, tout cela n’est pas sans conséquence sur notre vie sociale, économique et politique.
Je ne m’étendrais pas ici sur les conséquences de l’influence des imbéciles sur la vie politique, nous en voyons les marques à chaque élection avec la montée grandissante des extrêmes.
Ce qui m’irrite tout particulièrement, concerne mon domaine d’expertise : la santé. Et je me concentrerais sur ce sujet là, puisque je ne me permettrais de parler que de ce que je maitrise.

Voix d’imbécile numéro 1, entendue sur facebook :

« Les mammographies, ca ne sert à rien d’autre que de creuser le trou de la sécurité sociale. Il ne faut pas les faire. »

Alors, je récuse ce type d’affirmation, car elle génère une culpabilité chez les femmes influençables qui liront cette assertion. La culpabilité s’appuyant sur la peur toute naturelle qu’il y a à faire ces examens, empêchera surement de nombreuses femmes de faire cet examen qui pourtant pourrait sauver leur vie. Combien de ces femmes qui croiront cette affirmation débile, ignoreront leur convocation à faire une mammographie, seront diagnostiquées d’un cancer du sein à des stades trop tardifs pour qu’elles puissent véritablement bénéficier des progrès de la recherche. A l’heure actuelle, il n’y a pas de modèle économique suffisamment précis et robuste pour dire vraiment que le coût des mammographies est plus élevé que le coût de prise en charge des cancers évités. Ces modèles sont basés sur des hypothèses difficiles à établir, car il faudrait inclure de nombreux paramètres dans le modèle d’évaluation d’impact économique, des paramètres tels que le coût du médicament, mais aussi le coût du développement du médicament, le coût de prise en charge évitée, dont les couts de séjours hospitaliers évités, mais aussi un cout sociétal évité (couts des arrêts de travail, impact sur la performance au travail, impact des mi-temps thérapeutiques…).
Tellement de paramètres donc, qu’il est difficile d’évaluer l’équilibre entre le cout des mammographies et les couts évités.
Impossible donc d’affirmer comme la voix d’imbécile numéro 1 que les mammographies sont responsables du trou de la sécu, et sont inutiles. Non, il y a d'autres causes au trou de la sécu, il n'y a qu'à lire le rapport annuel. Non elles ne sont pas inutiles, elles sont peut-être votre meilleure chance de détecter un cancer du sein précocement et de pouvoir être traitée rapidement par une chirurgie curative suivie ou pas d’une radiothérapie ou une chimiothérapie adjuvante qui vous nettoieront de ce cancer et vous permettons de vivre encore de nombreuses années. Il a aussi été démontré, qu’un exercice physique adapté pratiqué de manière régulière empêche 55% des rechutes de cancer du sein.

Voix d’imbécile numéro 2 entendu ce matin sur facebook :

« Refuser une chimio? je la comprends tout à fait. je suis en désaccord total avec l'usage que l'on fait de tous les medicaments et soins BIDON et COUTEUX aux USA. ..Et aussi en France, même si cela n'atteint pas ces proportions. Je crois que la nutrition est la médecine de l'avenir. Un seul example, quand je vois le sucre que l' américain moyen avale, et le nombre de diabétiques de type 2 qu 'ils ont, je me dis qu’íl vaudrait mieux cesser de manger du sucre que d áller voir le médecin pour qu 'il soigne votre diabète et vous donne des comprimés couteux..... Révolutionner la nutrition est la meiileure façon de changer le système qui nous tue, à commencer par la grande distribution. et las companies pharmacuetiques.... »

La voix d’imbécile numéro 2 est remarquable. D’une part, elle encourage à arrêter la chimiothérapie (« médicaments bidons »), pour la remplacer par « une meilleure nutrition ». D’autre part, elle fait un amalgame culpabilisant  comme quoi c’est une consommation volontairement excessive de sucre qui cause les diabètes. Elle stigmatise les américains qui, selon elle, consomme du sucre à outrance et vont voir leur médecin se faire prescrire des molécules onéreuses pour soigner leurs diabètes, dont ils sont selon elle donc « entièrement responsable ». Bien entendu, elle finit par taper sur ce qu’il est à la mode de critiquer : la grande distribution et les labos pharmaceutiques. Tout son propos correspond à une mauvaise compréhension et maturation de multiples informations. Ce commentaire illustre bien le prêt-à-porter de la pensée, porté haut par les imbéciles qui me fait si peur à l’heure actuelle.
Pour reprendre sa première assertion, encourager les gens à arrêter leur chimiothérapie pour une meilleure nutrition, qui serait selon elle, le remède absolu, est totalement irresponsable. Comme tous le monde, j’ai lu les publications du Pr Joyeux et du Dr Seignalet. Ce sont des publications intéressantes, qui proposent de nouvelles pistes, mais qui rentent encore pas assez fondées scientifiquement. Il y a clairement quelque chose à creuser, mais il faudrait appuyer ces pistes avec des études cliniques solides avec des tailles d’échantillons robustes, et non pas 20 patients par ici et 30 patients par là, non stratifiés, non caractérisés, échantillons peu robustes statistiquement. Entendons-nous bien, je crois fermement que la nutrition est un facteur clef de notre bien-être et qu'elle peut même conditionner l'apparition de certaines pathologies. Il y a des études extrêmement intéressantes de Laurence Zitvogel et d’autres chercheurs qui parlent du microbiote intestinal et de son rôle dans le développement du système immunitaire. Mais le développement du microbiote intestinal se fait dans les toutes premières années de vie de l’enfant. On estime qu’il est mature à l’âge de 4 ans. Des recherches semblent indiquer un rôle pour ce microbiote dans la susceptibilité à être infecté par les virus (HIV, HCV…), à développer certains cancers ou certaines pathologies auto-immunes. Alors, oui, la nutrition, c’est important, mais ca ne veut pas dire qu’il faut remplacer une chimiothérapie par une alimentation sans gluten. Parmi les chimiothérapies, il y a des traitements ciblés, de nouveaux traitements également qui stimulent le système immunitaire du patient pour mieux l’aider à lutter contre son cancer qui sont à l’heure actuelle porteurs de beaucoup d’espoirs. Alors, non, on n’encourage pas les gens à arrêter un traitement qui pourrait leur sauver la vie.
On parle beaucoup en ce moment sur les réseaux sociaux de la vieille dame de 90 ans qui a choisi de refuser tout traitement suite à son diagnostic de cancer de l’utérus, c’est à dire, une opération chirurgicale lourde visant à lui enlever l’utérus, suivie d’une chimiothérapie lourde. A 90 ans, elle a choisi de passer le reste de son temps avec ses enfants sur les routes des US. C’est un choix personnel, qui peut se comprendre et ne peut être juger, mais en aucun cas, il ne faut l’ériger en exemple à suivre.

Le point de la voix d’imbécile numéro 2 concernant le diabète est une fois de plus une assertion incomplète. La consommation excessive de sucre est certes un des facteurs de développement de diabètes de type II, parmi d'autres, avec des facteurs génétiques, l’obésité, le manque d’activité physique et d’autres facteurs. Par ailleurs, il existe des diabètes de type I, qui sont eux malheureusement des maladies auto-immunes, qui n’ont rien à voir avec les facteurs pré-cités, mais sont liés au fait que le système immunitaire de l’individu a reconnu les cellules du pancréas (qui sécrètent l’insuline) comme étant des cellules étrangères au corps et les a détruit. Rien à voir donc, avec une consommation inadéquate de sucre. Encore une fois, nous avons ici un exemple d’extrapolations et de généralisations qui reflètent une imbécillité crasse. Avant de parler et d’affirmer quelque chose, on se renseigne, on se forge une opinion, et surtout, on essait de penser à la conséquence de ses paroles.
Taper sur l’industrie pharmaceutique, est aussi très à la mode. C’est la facilité, mais penserez-vous encore cela, le jour ou vous aurez un cancer, et que vous pourrez bénéficier d’un traitement efficace, qui vous permettra de survivre à votre cancer, un médicament développé pendant 10 ans dans un laboratoire pharmaceutique qui aura investit des millions d’euros pour le créer et le tester… nous en reparlerons à ce moment là.

Avant de croire tout cru, ce que les gens écrivent sur les réseaux, je regrette que notre enseignement ne forme pas plus les jeunes à penser par eux même et à se forger de véritables opinions, concrètement basées sur des données précises et robustes, et non pas des affirmations imbéciles injustifiées publiées à tire larigot sur les réseaux sociaux.

Je pense que la solution passera par un meilleur accompagnement des personnes de tout âges à developper leur curiosité, pour apprendre à penser par soi-même, pour apprendre à se forger ses propres opinions, et sa propre compréhension du monde...

Pour en savoir plus :





Thursday, 12 March 2015

FIV






Un jardinier grincheux 
a planté dans mon ventre 
deux étoiles, 
mes nemjas
vite éteintes

Un rayon doré 
laiteux 
a caressé 
ma peau, 
Il s'est promené
sur mes cheveux, 
l'espace de quelques journées...































Thursday, 12 February 2015

Les passants

Je recherche du regard ces silhouettes, plus petites, 

Un rien courbées, qui passent lentement au milieu du flot des gens pressés par le temps


Lenteur assumée ou résignée dans le flot bruissant des vivants impatients. 


Petites silhouettes douces, cheveux blancs, 


Une pause dans l'ivresse de la vie, ce désir omniprésent d'en profiter encore un peu, à tout petits pas...



Wednesday, 30 July 2014

Dualité

Toute ma vie, j'ai eu le coeur trop grand, avec deux amoureux ou plus encore dedans.
Mon mari est le premier homme que j'aime, qui habite dans mon coeur tout seul.... Il occupe toute la place...

Sunday, 29 June 2014

Le cheval soleil de Steinunn Sigurdardóttir

J'ai mis un petit moment à choisir de parler de ce livre. Pour plusieurs raisons.
parce que ce livre m'a bouleversée.
parce que je m'y suis reprise à deux fois pour le lire.
parce que à un moment donné j'ai eu du mal à me relier avec l'héroïne qui est vraiment étrange et poétique, mais tellement étrange et poétique que des fois c'est un peu trop, l'esprit décroche et s'enfuit.
parce que quand j'en ai tourné la dernière page, je me suis dit qu'il fallait attendre un peu pour en parler bien, pour en parler vraiment...

Le temps a passé et quand je pense à ce livre, j'ai comme une feuille morte qui en tombant doucement, tournoyante, vient me caresser le coeur...C'est ça qui me reste de ce livre, le passage délicat de la feuille ou de la plume d'oiseau, quelque chose qui ne pèse pas, une caresse à l'âme, juste ça...
Le cheval soleil, c'est avant tout, une histoire d'amour, deux personnes qui se croisent pour essayer de se retrouver plus tard.
Un amour pur, de toute beauté, auquel elle dit non car elle n'a pas appris à s'aimer et à aimer la vie, car aucun amour, aucune véritable attention ne lui a été donné pendant l'enfance...Presque rien finalement, et pourtant tout est là. Tout est dit.
Ce n'est pas encore demain que j'oublierais ce livre, il vous laisse des traces, un peu comme le passage irisé de l'escargot... c'est imperceptible, mais c'est là...




Friday, 20 June 2014

J'avais des rêves...

Oh oui, j'avais des rêves, des petits rêves tout simples, tout doux. Je les caressais du bout du coeur, les soirs de chagrin bleu de prusse...
Des petits rêves simples, car j'avais bien retenu que "la sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit", mais aussi suffisamment concrets pour être réalisables un jour et me faire avancer sur le chemin de la vie à petits pas sautillants d'un rêve à un autre....

Oui, j'avais des rêves, tendres et moelleux. Ils me tenaient chaud quand la bise soufflait dans mon cou...
Je rêvais d'une petite maison, d'un petit jardin, d'un arbre au milieu, deux enfants qui jouent dans la cour...au fond du jardin, un atelier...
Rien de très clinquant, ni très original, du tout simple, tout rond, une plénitude.
Je n'avais même pas intégré un amoureux dans ce dessin là. 
Je rêvais aussi d'un jour publier un livre ou deux, de raconter quelques histoires, de les dessiner, de leur donner vie, de transmettre une jolie façon de voir le monde...

Alors, Oui j'avais des rêves...

Et aujourd'hui, je n'ai plus rien, mon futur s'est transformé en sable blond, que je n'arrive pas à retenir et qui me glisse entre les doigts...
Je suis triste à cause de ces rêves justement, parce que je ne les réaliserais surement jamais, et que j'aurais pourtant bien aimé, bien aimé ne pas seulement les caresser du bout du coeur. J'aurais bien aimé qu'un jour mes doigts effleurent avec une infinie délicatesse le front duveteux d'un tout petit, ou la page de couverture d'un livre. J'aurais bien aimé.

Et c'est étrange, ce sont ces rêves là qui me donnent des regrets, regrets de n'avoir pas pu tout faire. Ce sont eux qui m'empêchent d'être sereine, alors que je sens bien qu'une partie de moi l'est déjà.

J'ai eu une idée étrange, peut-être finalement que d'avoir perdu cet enfant  une nuit de février, ça a entrouvert en moi une fissure par laquelle mon énergie s'enfuit doucement, et la vie aussi s'en va lentement. On dit que les fissures sont le moyen pour l'âme de trouver de la lumière, je n'avais jamais mesuré à quel point c'était vrai.


Tuesday, 20 May 2014

Un très gros coup de coeur

Un baiser à la figue

C'est une sublime histoire sur la difficulté de la différence, et comment art et amour peuvent conduire à renaitre aux autres. D'abord, on peut voir dans cette histoire, une revisite originale de Cyrano de Bergerac. Cyril, en effet, a le visage habillé d'un nez immense, un nez qui le gène terriblement quand il sort dehors, qui attire les regard et les moqueries. Cyril se sent seul. Mais ce nez immense, lui fait aussi sentir des choses très puissantes, que dans des moments d'émotion, il met en images sur ses extraordinaires peintures. Ces peintures lui feront un jour faire une fort jolie rencontre.

Voilà, cette fois-ci un album qui a au coeur de son ouvrage un concept de synesthésie, mais qui le brode avec tellement de délicatesse et de poésie que l'association des mots, des odeurs et des images se fait naturellement dans l'esprit du lecteur. Rien de forcé ni d'obscur donc cette fois-ci, mais un véritable état de grâce, de lumière.
Que dire des illustrations, gaies, légères, touchantes avec des couleurs extraordinaires, des formes et une énergie incroyable. Des illustrations d'une très grande beauté, qui génère une véritable sensation de joie.
Ce livre propose un merveilleux moment de lecture, et vous laisse un soupir délicat déposé sur le coeur, avec un sourire doux esquissé aux lèvres, et l'envie d'humer les odeurs qui nous entourent en rêvant de transformer ces sensations en peintures. Quand j'ai refermé le livre je me suis demandé comment j'aurais peint l'odeur du café, de la citronnelle, des pins maritimes, de la résine... J'ai rêvé de ces odeurs sous forme de dessin bien des jours après avoir refermé le livre.

Merci d'avoir donc si bien écrit ce livre Raphaelle Frier et merci pour les sublimes illustrations Clothilde Perrin.



Comment un jour on peut arriver à être rassurée par l'idée que l'euthanasie sera peut-être un jour légalisée en France

Quand on est un jour diagnostiqué avec une maladie grave, on se retrouve face à différentes attitudes, pas toujours très faciles à supporter...
La première, ceux qui sont choqués, qui ont peur pour toi. Ils sont tellement émus que tu es obligée de les rassurer, de les consoler, de dire que non, ça ne sera rien, on s'en sortira, tout ira bien, oui voilà, tout ira bien, c'est sur...Ce n'est pas si grave..
La deuxième, ceux qui sont gênés, qui ne savent pas trop quoi te dire et changent vite fait de sujet. 
Et puis, il y a aussi ceux qui font semblant de ne pas comprendre et continuent à parler de leur sujet de conversation, de leur blagounette moisie, en rigolant, pas si gênés...Sur un malentendu, ça peut passer...
Et, il y a aussi ceux qui ont peur, "einh c'est sur, on sait jamais que ça s'attrape aussi par les mots". Avec ceux là, tu sens que tu es devenue sale, voilà, il y a un truc sale sur toi, et on ne voudrait pas l'attraper, tu deviens l'incarnation de ce qui les terrorise, une image de leur propre finitude qu'ils ne veulent surtout pas regarder en face...
Puis il y a les très proches, qui ne supportent pas d'aborder le sujet, qui ne veulent pas que tu en parles, qui croient que si on évite le sujet, cela n'arrive pas, si on ne regarde pas les choses en face, cela ne se produira pas...Alors pour ceux là, leur parler de la fin, qu'on aimerait se préparer, de la porte de sortie qui nous rassure, eux, c'est clair ça ne les rassure pas. 
Et finalement, des fois, il y a ce proche qui t'écoute vraiment, et te laisse parler, de tout et aussi de la fin que tu voudrais te choisir, et qui te dit simplement, je comprends, tu as le droit de penser cela, et je serais là pour toi. 
Il ne te juge pas. Il ne te réprimande pas comme si soudainement du fait de la maladie, ton cerveau aurait régressé à l'âge de 5 ans. Il ne se fait pas consoler de ta future mort. il ne te fait pas culpabiliser de trop penser, de trop parler, d'oser parler de toi, de choses désagréables. Non. Il ne fait rien de tout cela.

Voilà le jour ou une sale maladie s'annonce à l'horizon, tu te retrouves bien seule. Mais, dans certains cas, il y a une seule pensée qui te rassure. 
Pas un faux espoir à se dire que d'ici que la maladie en finisse avec soi, un remède miracle sera trouvé... non pas de succès flamboyant pour la recherche... Ca prend tellement de temps, je suis bien placée pour le savoir...
Pas imaginer que dans les médecines parallèles, on trouvera un truc extraordinaire qui te guérira, ou un homme qui guérit, un rebouteux, un chaman, qui t'enlèvera la maladie... Non pas de miracle incroyable.... Ca existe si peu ces choses là...
Pas non plus imaginer que la fin arrive très tard, et alors très vite, ou qu'on tiendra super longtemps et on finira vite sans trop de déchéances... Non pas d'imagination oisive, c'est rarement le cas, la mort est rarement élégante...
Rien de tout cela. 

Même si, je ne m'interdis pas ces espoirs là. Même si, oui j'espère qu'un médicament soit trouvé, car je crois dans la recherche médicale et j'y ai dédié une partie de ma vie. Aujourd'hui, grâce à la recherche, on peut guérir d'une hépatite C par exemple, et on soigne bien mieux le cancer.
Même si, je sais que certains hommes ont des fois une sorte d'énergie de guérison, et arrivent à faire des choses extraordinaires.
Même si, j'espère que la mort me prendra, fière, encore un peu belle, pas trop abimée, encore digne.

Non, ce ne sont pas ces idées-là qui m'ont aidée. C'est l'idée de la porte de sortie. De pouvoir partir quand tu le souhaites, quand tu es encore humainement présentable, pas une loque qui se liquéfie au fond d'un lit mourant de douleur ou d'insuffisance respiratoire ou cardiaque ou rénale, ou de tout cela à la fois. Non, un jour pouvoir dire: "voilà, je peux encore choisir, je suis encore à peu près bien, je choisis de partir maintenant avant d'être paralysée de partout, alimentée par un tuyau, respirant grâce à une machine, ou encore les veines transpercées d'intra-veineuse de morphine". 
Moi, ce qui m'a rassurée, c'est de me dire que je veux pouvoir choisir de partir quand je le souhaite, et de préférence, sans avoir à réfléchir à un cocktail mortel suffisamment efficace pour me faire partir sans douleur, ni mal être.

La seule chose que j'aimerais finalement tient à peu de choses:
Tranquillement, avoir le temps de dire au revoir à ceux que j'aime, et joliment tirer ma révérence.


PS: Par contre, un point important à mentionner, c'est que pour moi, un médecin ne peut pas pratiquer l'euthanasie sur ses patients, ce serait aller à l'encontre du serment d'Hypocrate. Il faut trouver d'autres solutions.
J'ai longtemps été contre l'euthanasie, jusqu'au jour ou j'ai été confronté à la fin de personnes très aimées, qui m'a fait réfléchir à ma propre fin.  Finalement, cela a été la seule idée qui m'a rassurée... Pouvoir partir dans la dignité... et choisir le moment de sa sortie...Cela me parait être l'ultime liberté...





Saturday, 29 March 2014

Double jeu: un coup de coeur et un silence...

Tout d'abord, le coup de coeur bien sur...








Il était une fois, contes en haïkus, texte d'Agnès Domergue, illustrations de Cécile Hudrisier



Ce livre, je l'ai depuis plus d'un an, et il n'a toujours pas quitté ma table de chevet, c'est dire s'il est précieux..
C'est un livre plein de délicatesse et de poésie, qui raconte en haïkus les contes de notre enfance... Les haïkus sont ciselés, très bien écrits, mais le plus beau, je l'avoue, ce sont les illustrations! Des aquarelles sublimes, très douces et colorées, sous forme de gouttes d'eau, de poésie...Elles font écho aux mots, tout en les dépassant et en apportant une touche de plus, comme seuls les grands illustrateurs savent le faire.
Voilà, ces illustrations à elles seules valent le détour, et viennent donner aux mots ce petit plus magique qui rend cet album unique.
D'ailleurs, il vient de recevoir le prix des sorcières, un prix bien mérité...









Le silence maintenant...


Alors un silence c'est un peu l'inverse d'un coup de coeur, c'est le livre dont tu attends quelque chose, avec qui tu espères un rendez-vous, mais qui n'est pas tout à fait là... Un silence quoi...


Ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas bon, loin de là, mais il y a ce "je-ne-sais-quoi" qui manque...


Donc...La symphonie des couleurs écris par Agnes Domergue et illustré par Irène Valente.
Un livre avec un superbe double objectif, relier dans un même album musique et peinture...Objectif atteint, le livre est à mon sens un bel outil pédagogique pour initier à la peinture et à la musique...Comme le précédent, il y a un dialogue extraordinaire entre texte et illustration, l'illustration apporte ce petit supplément âme au texte...
Des illustrations de grandes qualité comme vous pourrez le voir ci-dessous...

Mais voilà, j'ai été un peu déçue..Les mots sont bien choisis, musicaux,  mais il manque au texte de cet album une vraie trame narrative pour le porter du début à la fin, nous amener en voyage avec lui à cheval sur les lignes et aussi un petit supplément âme. C'est quelque peu compensé par les illustrations... Je pense que c'est peut-être lié au double objectif du livre: initier à la peinture et à la musique. Le challenge est un peu difficile à remplir, alors si en plus on doit raconter une vraie histoire qui vous emporte...
Dans tous les cas, j'ai aimé la symphonie écrite par le petit gardien des sons du temps de Mozart, inspirée par la ville et ses bruits...Mais j'ai peut-être du mal à trouver musical, le cri mécanique d'une mobylette ou le son strident d'un klaxon... et comparer la musique d'une ville à une symphonie, même moderne...
Dans tous les cas, je salue bien bas le travail difficile de l'illustratrice qui a su remplir le texte, jouer avec lui, et lui apporter la touche visuelle des références des fois extrêmement subtiles et délicates à de grands tableaux de peinture moderne.

Finalement, cet album est tout sauf silencieux :-)







Une belle lecture: Souvenir de papier de Baptistine Mesange















Alors cet après-midi, tranquille, j'ai eu envie de lire ce livre reçu dans la semaine, écrit par une jeune auteur, dont je n'avais jamais rien lu jusqu'à présent... J'avais été touchée pas la manière dont elle parlait sur son blog (http://baptistinemesange.blogspot.fr/2014/03/souvenirs-de-papier-je-lattendais.html ) de ce texte et j'ai eu immédiatement envie de mettre mon nez dedans...
Elle dit de ce texte qu'il lui tenait particulièrement à coeur et qu'elle y a mis beaucoup d'elle dedans...

Donc me voilà curieuse, émue en ouvrant ce livre. Et là j'avoue avoir lu un très joli texte, mais vraiment très joli, poétique à souhait, dans lequel les messages sont très subtils, pleins de délicatesse. Un beau livre sur les rêves, et les souvenirs que l'on se crée enfant à partir de trois fois rien des fois et  qui nous accompagnent dans la vie, un petit bout de chemin, pour nous faire grandir, comme ces petites choses qu'on met dans nos boites aux trésors, petits ou grands, toutes ces petites choses très aimées, qu'on aime à caresser des yeux et du bout des doigts... Ce livre m'a redonné envie d'avoir une boite à secrets, dans laquelle je glisserais mes petits souvenirs de papiers, et tout ces petits riens dont la collecte fait la vie si jolie...
L'auteur utilise aussi un fil conducteur discret, chaque élément créé sur la feuille de papier laisse en partant un petit quelque chose qui va faire naitre le suivant, l'oiseau en s'envolant laisse un petite graine qui donnera une fleur... Et ainsi de suite.... Un passation de petits rien qui bordent le chemin de l'enfant solitaire...

Toutefois, je dois avouer que c'est la première fois que j'aime autant un texte alors que j'en aime si peu les illustrations..
Pour moi, qui suis très visuelle, il m'arrive bien souvent de n'acheter des livres-images uniquement pour la qualité de leurs illustrations, sans rien savoir du texte, et des fois il peut m'arriver d'être décue...Mais jamais l'inverse... Sauf, cette fois-ci, j'ai acheté un livre-texte, en passant outre les illustrations qui ne sont pas à mon gout. En effet, elles sont un peu maladroites, même si il y a de très jolies idées graphiques (une couverture chouette, des collages en forme de fleurs, les étoiles, une bonne utilisation de l'espace), et un sens de la couleur assez rare. Voilà, seulement, le niveau technique n'est pas encore au rendez-vous, le trait reste assez maladroit, et les illustrations répondent au texte assez directement sans apporter de petit plus.

Donc, en résumé, ce livre choisi pour son texte, je ne l'ai pas regretté...Un très joli moment de poésie et de douceur, qui laisse sur les lèvres un sourire de bonheur...




Thursday, 20 February 2014

Les gens heureux lisent et boivent du café, de Agnès Martin-Lugand

Un assez joli livre avec un début qui vous plonge immédiatement dans l'émotion.

L'histoire est simple, une femme perd son mari et sa fille dans un accident, un camion efface sa famille heureuse. Comment survit-on à quelque chose d'aussi effroyable?

Le livre nous raconte l'après drame, quand la jeune femme s'installe en Irlande pour essayer de continuer à vivre bien malgré elle.

Cela aurait pu être un très beau livre, mais malheureusement, même si l'émotion est au rendez-vous, l'histoire est trop prévisible. Le méchant voisin au sale caractère dont on finira par tomber amoureuse...tellement trop prévisible...
La seule chose qui aurait pu faire de ce livre un véritable objet littéraire, et non pas un bestseller de plus, c'est la fin. La fin est belle, elle est courageuse, mais malheureusement ce qui aurait pu être déployé, développé, ciselé, ce qui faisait de ce livre quelque chose de différent, d'original, est traité en deux paragraphes à tout casser.

En résumé, un livre qui se lit bien, facilement, agréablement, un livre touchant mais trop prévisible, qui n'offre rien de plus qu'un bon et délicat moment de lecture, ce qui n'est déjà pas si mal...


Petit A tombé

Une semaine, une journée, 14 heures, que Petit A est parti,
Petit A est tombé,
Je porte encore en moi des traces de lui,
Je le porte encore dans mon sang,
Des traces qui lentement s'effacent,
Des traces que je ne saurais retenir,
Car Petit A est tombé,
Il a emporté avec lui un bout de mon âme,
Et tous mes rêves les plus chers, auxquels je n'osais plus croire,
Petit fantôme turbulent
Sur la peau de tambour de mon coeur,
Petit A tombé
Pourtant déjà tant aimé...
11 Février 2014

Monday, 17 February 2014

L'ombre d'un ange

Depuis que j'ai croisé l'effleurement de l'ange de la mort, et son extreme douceur...je me sens plus sereine....

Saturday, 11 January 2014

L'armoire des robes oubliées...


Je voudrais vous parler d'un livre merveilleux découvert par hasard au grès de mes pérégrinations...






























« Une des œuvres littéraires les plus fortes que j'ai lues depuis longtemps. » Helsingin Sanomat
Alors que sa grand-mère Elsa se meurt d'un cancer foudroyant et que tous ses proches se rassemblent pour adoucir ses derniers jours, Anna découvre que, derrière le mariage apparemment heureux de ses grands-parents, se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille. 
Une vieille robe trouvée par hasard, et dont elle apprend qu'elle aurait appartenu à une certaine Eeva, va réveiller le passé. Cette Eeva, dont on ne lui a jamais parlé, aurait été, dans les années 60, la nourrice de sa mère. Mais Anna ne tarde pas à comprendre qu'elle a été beaucoup plus qu'une employée et que son grand-père, peintre célèbre, l'a profondément aimée...

Ce livre est passionnant, on ne le lâche pas une fois commencé, les personnages sont tous attachants, intéressants, riches avec des personnalités très développées, des secrets, des réactions pas toujours simples à comprendre, mais à un 
moment donné, une grande partie de ces choses s'expliquent...Un final peut être un peu triste, mais en même temps, il y a quelque chose de profondément humain et de positif dans ce livre...Quelque chose qui dit qu'on peut avancer, continuer, même si certains ne trouvent pas toujours cette force là...

Il y a toute la vie dans ce livre là... et c'est définitivement une de mes plus belles lectures du moment..
Pour moi cette auteur est à suivre, comme une Milena Agus qui est une autre de mes merveilleuses découverte de ces dernières années... Dont je parlerais une autre fois... 

Riikka Pulkkinen, la voilà, elle ressemble à son écriture tout en contraste, mutine et songeuse, poétique et énergique...


Monday, 2 December 2013

L'étoile et le ver luisant





Lumignon est un petit ver luisant comme les autres. Enfin, presque. Manger est sa grande passion. Depuis tout petit, il a toujours faim. A peine le déjeuner achevé, il rêve déjà du diner suivant. S’il le pouvait, jamais il ne s’arrêterait de grignoter.
Ses parents Luce et Léo le regardent tendrement. Les joues de Lumignon sont bien rondes et son petit corps tout en courbes douces.

Lumignon soupire. Il a au cœur un secret bien doux qui lui donne des ailes. Il est né dans le creux d’un arbre par une nuit sans lune. Entre les feuilles, un rayon d’étoile s’est glissé et lui a caressé le front. Au petit matin, un peu de poussière d’or s’est déposée sur le ventre de Lumignon. Maintenant cela lui fait comme une aura dorée qui irradie furtivement à chaque pas.
Lumignon regarde souvent l’étoile là-haut dans le ciel. C’est devenu son étoile. Elle est unique, celle qu’il reconnait partout et par tous les temps, même dans les nuits encombrées de nuages ; celle qui lui chuchote des mots doux dans le creux de l’oreille les jours de solitude.

Le secret de Lumignon accroche un sourire rêveur au coin de ses lèvres. Lumignon est ailleurs. Il vit dans un monde loin des autres, un monde où les vers-luisants, la nuit, promènent une étoile. Il se sent si bien qu’il en oublie de manger. Un jour, il oublie de déjeuner. Le lendemain, c’est le diner qui saute. L’été approche, et Lumignon ne pense plus du tout à manger. Il ne pense plus qu’à son étoile. « Cet amour le consume », disent ses parents inquiets.
Lumignon maigrit à vue d’œil. Il a souvent un peu froid. Il ne rêve que de s’enfouir dans son lit bien douillet, tout en gardant un œil entrouvert pour guetter le ciel.

Lumignon dors beaucoup ces jours-ci. Pendant dix jours et dix nuits, il reste caché au fond de son lit, bien au chaud sous sa couette. Dans la chaleur mouvante de ses draps, Lumignon glisse dans un monde imaginaire. Il vit mille aventures agitées, s’essouffle, se tourne et se retourne, rit aux éclats.
Sa maman, Luce, reste à son chevet. De temps en temps, elle pose une main fraîche sur le front brulant de son rêveur fou. Alors, Lumignon sourit dans son sommeil.

Dans ses rêves, Lumignon tout à tour est ROY d’un pays peuplé d’oiseaux multicolores où les arbres sont bleus ; CHEVALIER sauvage sans peur et sans reproche qui chevauche les dragons. Il est aussi AVIATEUR sur les ailes du vent qui poursuit les étoiles, ou bien SURFEUR glissant sur les vagues pour faire la course avec les dauphins ; ou encore DANSEUR virevoltant sur un fil tendu entre le plus grand arbre de la forêt et le bout du monde, ou alors POETE farfelu qui sautille sur les chemins en soufflant des vers sans rime.

Dix jours un peu fous,
Dix nuits pleines de vie
Chaque minute vaut mille vies
Chaque heure porte en elle un infini de possibles.

Au matin du onzième jour, Lumignon se réveille soudain sans que rien ne le laisse présager. Il ouvre les yeux, sourit à Luce endormie à ses cotés. Lumignon repousse sa couette, il se sent différent. Léger, plus léger. Il se lève rapidement. Vite, trop vite. Et se rassoit aussitôt.

En levant ses mains pour se frotter les yeux, voilà tout à coup qu’il ne les reconnait plus. Disparues les mains potelées, devant lui il trouve de véritables mains de pianiste, avec de longs doigts noirs fuselés. Lumignon se redresse bien vite et cours vers la glace de la salle de bain. Et là, un grand cri fuse, un grand émoi…

Mais qui est donc ce sombre inconnu dans la glace ? Lumignon lève la main droite, et l’inconnu lève la main gauche. Lumignon se frotte les yeux, et l’inconnu de faire de même. L’autre en face de lui ressemble un peu à ces jolis grillons avec qui il jouait petit.

Luce arrive doucement, elle pose les mains sur ses épaules et murmure : « Comme tu es beau mon fils, tu es grand maintenant. La métamorphose est terminée. » Lumignon bombe le torse, fier et souriant.

Il sent quelque chose dans son dos, et essait de se retourner en se tortillant pour voir ce qui peut bien le gêner comme ca. En soulevant ses épaules, il entend un bruissement délicat, comme un froufrou, ou bien le battement d’aile d’une libellule. Lumignon émerveillé réalise soudain que des ailes magnifiques ont poussées dans son dos. Des ailes légères et transparentes pour s’envoler, pour virevolter, pour planer, pour faire la course avec les nuages, pour rejoindre son étoile ! Quel beau cadeau !

Lumignon sort de chez lui. Dehors, la nuit est douce. Les grillons chantent dans un parfum de jasmin. Et puis, surtout, là si proche, brille vive et joyeuse son étoile. Lumignon n’hésite pas une seconde, et s’élance dans l’air bruissant.

Un petit grain de lumière d’or flotte un instant dans la douceur de la nuit tombante.